Au sud de Cho Lon | Vietnam

Vietnam 2005-2008 during the TET  (Vietnam Happy New Year)
Photography Nicolas Pascarel | +39 340 5014561

Au sud de Cho Lon (FR)

Tout a commencé un 30 avril 1975. J’avais 9 ans et les actualités télévisées montraient la prise de Saigon par le Vietcong. La guerre du Vietnam était définitivement terminée. L’image la plus spectaculaire sur ces évènements lointains était celle de la terrasse, du toit de l’ambassade américaine où des gens affolés gravissaient à la hâte un escalier perché dans le vide d’où s’envolaient les derniers hélicoptères de l’US Navy. L’Amérique fuyait honteusement le Vietnam après quinze ans de guerre. C’était l’image forte de toute une génération bercée par les drogues plus ou moins douces et la musique des Rolling Stones. C’était la même année ou l’Amérique présentait sur les écrans « Les trois jours du condor », c’était mon enfance, celle vécue à Paris en ce milieu des années 70. Dans les années qui suivirent, on a vu apparaître partout en France et jusque dans ma classe, des petits vietnamiens, les fameux boat people qui quittaient par milliers leur pays. En tant qu’ancienne colonie, la France était le premier pays demandé dans la fuite à l’exil. Il a fallu que j’attende 20 ans pour mettre les pieds sur le sol vietnamien. C’était le 6 juillet 1995. Saigon s’appelait désormais Ho Chi Minh Ville mais qu’importe. Le Vietnam à la recherche de devises étrangères et ayant perdu le soutien économique de l’URSS, ouvrait ses portes au tourisme. J’y suis resté deux mois, en me baladant partout où cela était rendu possible, de la pointe sud du delta du Mékong au nord frontalier avec le Laos, du Golfe de Siam à la Mer de Chine. Pour la première fois de ma vie, je goûtais à la chaleur humide des tropiques, aux pluies interminables et inondées de la mousson, aux fièvres répétées, à la fatigue du climat, aux animaux sauvages qui vous suivent jusque dans votre chambre d’hôtel, à manger le matin en guise de petit déjeuner, du gros sel dans la paume de la main afin de continuer ma route. C’était, dans ma tète de jeune homme, un voyage dans le temps, celui de l’Indochine mystérieuse, celui de nos grands-parents venus bâtir un coin de paradis bien souvent utopique dans cette partie si éloignée du monde, celui des romans d’aventures comme ceux de Graham Greene ou Norman Lewis, celui aussi de ces femmes Tonkinoises à la beauté sensuelle et aux yeux d’amandes souvent décrits par les légionnaires en permission. C’était le Vietnam de mes rêves d’enfant qui défilait devant mes yeux. Dix ans passèrent et je reçus une lettre du Consulat Général de France m’invitant à venir à Ho Chi Minh Ville pour donner un cours de photo à l’Ecole des Beaux Arts de la ville. Me voilà passant du rôle de spectateur à celui d’acteur, celui toujours désiréet tant recherché. Aussitôt dit, aussitôt fait et me voici débarquant à nouveau dans cette ville devenue, entre temps, une métropole moderne et chaotique de 8 millions d’habitants. Sachant mon arrivée, la pluie s’est faite bien vivante, la mousson d’automne devenue depuis longtemps déjà une fidèle compagne de route m’accompagnera tout au long de mon séjour le rendant forcément plus sauvage, émouvant parfois. L’Asie se vit avec l’eau. C’était le 2 septembre 2005, j’avais 39 ans et je n’étais plus depuis longtemps un petit garçon. Le Vietnam avait mûri, tout comme moi, et ne regardait plus en arrière avec un brin de nostalgie mais vers l’avant, vers un futur de petit dragon bien mérité.

Au sud de Cho Lon  (EN)

Everything started a 30th April 1975. I was 9 and the news on TV showed the falling of Saigon by the Vietcong. The war in Vietnam came definitively to an end. The most spectacular image about these far away events was the terrace, the roof of the USA Embassy with people clambering up a ladder dangling in the air where the last US Navy helicopters were leaving from. America was running away from Vietnam after 15 years of war. It was the strong image of a whole generation lulled by drugs -more or less light- and by the music of the Rolling Stones. It was the same years in which America presented on the screens “The Three days of the condor”, it was my infancy, which I spent in Paris in the middle of the 70s. In the years there after, everywhere in France and also in my school, Vietnamese children appeared, the famous boat people that left their country by thousands. Being a former colony of France, this was the first country requested for their exile. I had to wait until I was 20 toset foot in Vietnam. It was the 6th July 1995. Now Saigon was Ho Chi Minh City but this doesn’t matter. Vietnam was looking for foreign currencies, and, having lost the URSS economic support, was opening its doors to the tourism. I stayed there for two months, wandering everywhere it was possible, from the South, the delta of the River Mekong, to the North, the border with Laos, from the Siam Gulf to the China Sea. For the first time in my life I left the damp warm climate of the Tropic, the endless rains and floods of the wet Monsoon, the repeated fevers, the weariness of the climate, the wild animals that follow you into your hotel rooms, eating for breakfast some coarse salt in the palm to continue my way. It was, into my young head, a voyage in the time, that of the mysterious Indochina, that of our grandparents who came and build a secluded spot of Paradise very often a utopia in this part of the world so far away, that of the adventure novels like Graham Greene’s ones or Norman Lewis, and also that of the sensual beauty of the almond-eyed Tonkinese women described by the legionary on leave. It was the Vietnam of my dreams as a child that was running in front of my eyes.Ten years after I receive a letter from the General Consulate of France inviting me to Ho Chi Minh City to make a workshop of photography at the Art School of the town. There I am, changing my role from the one of a witness to the one of an actor,always desired and looked for. No sooner said than done here I am again in this town that changed, during these years, into a modern and chaotic metropolis of 8 million inhabitants. Knowing that I was coming there, it started raining heavily, the wet monsoon, faithful fellow traveller of long time ago, will follow me during my whole staying, making it wilder, sometime touching. You live Asia together with water. It was 2nd September 2005, I was 39 and since a long time. I wasn’t a little boy anymore. Vietnam was grown ripe, as I was, and it wasn’t looking back with a touch of melancholy anymore, but it was looking forward, to a well deserved future of little dragon.

Nicolas Pascarel



© Nicolas Pascarel 2017