Vita da fotografo

Pourquoi La Havane? 1996-2017

  • date
  • 23 May 2017

 Havana, Cuba

En 1996 j’étais jeune et l’Europe m’ennuyait déjà alors j’ai décidé d’aller là bas, voir ce qui se passait, je sentais que je pouvais vivre en quelque sorte. Vivre quoi, je ne le savais pas mais c’était mon idée : changer. Me changer.
Je suis arrivé tout là bas, derrière l’océan et c’était comme une image arrêté, comme lorsqu’on appuis sur le bouton pause, un arrêt dans le temps. C’est ça qui m’a fait réfléchir et étrangement c’est justement ça qui m’a fait avancer. Je me sentais comment dire « nouveau ». Les gens marchent, mangent, travaillent, prennent le bus, s’amusent et pleurent mais le tout au ralenti, comme dans un boléro, comme si le futur n’existait pas. Tout le contraire de ce que je voyais en Europe ou les gens ne pensent qu’au futur, leur propre futur : s’ils vivront mieux demain, un meilleur amour, une meilleure maison, une plus belle voiture, de meilleures vacances, une vie plus longue, un meilleur boulot ..Moi je n’ai jamais pensé au futur et encore moins à toute ces choses, ceci ne m’intéresse pas, je vis et je ne peux m’arrêter. Lorsque je m’arrêterais, tout sera fini. Définitivement. Alors je voulais échapper à tout ceci. Et je suis parti, sans trop réfléchir.
A La Havane j’ai senti le non futur comme un film qui ne se déroule pas à la bonne vitesse, en mode lent. Ceci a changé ma vision du monde, ma façon de photographier, de regarder. Ce fut un tournant pour moi. Bizarrement je me suis sentie vivre, vivre vraiment pour la première fois, complètement libre. Ça peut paraître absurde vu le système politique en place mais j’ai sentie une liberté que je ne connaissais pas avant, loin de tout et de tous. J’ai aimé.
Et puis les années sont passées et j’ai continué cette histoire d’amour entre moi et la ville, lentement, à sa façon. Lorsque j’ai fais ma deuxième expo à la Fototeca de Cuba en 2001, c’était peut être une façon d’en finir, de dire tout haut ; j’ai vu, j’ai vécu et voici le résultat. Je pensais en avoir terminé avec La Havane, à tout jamais. Le point final à mon évolution pour ne pas dire révolution.
Entre 1996 et 2001 beaucoup de choses avait changé en moi, tant sur le point de vue professionnel que personnel et je pensais que jamais plus je ne reviendrais, que c’était définitivement fini. Je me suis trompé.
J’ai mis 10 ans pour y revenir, comme ça, sans trop réfléchir. Ça m’a fait bizarre. Tout était resté pratiquement pareil et moi j’avançais sans recul dans l’âge, dans le temps. Le retour fut très dur, brutal, parfois ennuyant pour ne pas dire décevant. Et puis il y a eu d’autres voyages qui ont suivis, toujours avec une sorte de malaise. Je n’arrivais plus à rentrer dans la ville, je voyais ma belle et elle ne me faisait plus d’effet, je ne la désirais plus mais je l’aimais encore. Ce sont des choses qui arrivent avec l’amour. Des choses terribles. Oui vraiment terrible.
Et puis il y a eu la lumière. Certains appellent ça la maturité mais je n’aime pas ce mot. Pour moi tout est amour et de nouveau j’ai aimé, désiré. Oui comme ça au premier soir d’un jour de novembre 2012. J’ai sentie tout de suite à peine sortie de l’avion, mon cœur et mon esprit renoués avec mon amour presque éternel. Ce fut magique tout comme la lumière du jour qui entre dans la chambre au petit matin.
Lorsque je suis arrivé, j’ai sentie de nouveau l’envie, l’envie de vivre, de raconter avec mon outil qui est la photo. Alors j’ai commencé The Passenger, le passager. Le passager était une évidence pour ne pas dire une délivrance. Le passager raconte tout ce que j’ai toujours voulu raconter, c’est à dire pas grand chose, il raconte le tourbillon de ma vie et c’est pas une mince affaire ! Le tout enfin dans une même histoire. Il m’a paru nécessaire d’éliminer dans mes photos et pour la première fois, les gens, les portraits, les ambiances de rues….moi qui aime tant l’Humanité mais ceci était nécessaire pour ma transformation.
C’est le travail qui ressemble le plus à ce que je suis aujourd’hui, le plus abouti dans ma vie de photographe. Les images parfois brisent le vent, elles le caressent pour le rompre à jamais, le tout à la lumière du coucher du soleil, entre chien et loup au moment même ou se mêle sans cesse cette tempête qui hante mes nuits. Nuits d’amour et nuits maudites, seul.

Nicolas Pascarel
www.pascarelphoto.com
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